Le pompier d’aéroport exerce sur un périmètre fermé: la plateforme, ses pistes, son tarmac et ses aéronefs. Son titre réglementaire est agent SSLIA, pour Service de Sauvetage et de Lutte contre l’Incendie des Aéronefs. Le poste suppose une expérience préalable de sapeur-pompier, un permis poids lourd et une formation dédiée. Voici les conditions d’accès, le concours, la formation FIPA, les employeurs et les rémunérations observées.
Un service obligatoire sur les aérodromes commerciaux

Les missions rejoignent celles d’un sapeur-pompier professionnel, mais le champ d’action s’arrête à l’enceinte de l’aérodrome et au tarmac. Quatre volets structurent le service: le sauvetage des passagers et des équipages, la lutte contre l’incendie d’aéronefs, l’assistance aux victimes en attendant les secours médicaux, la prévention par des rondes sur l’aire de mouvement.
Ce service est obligatoire sur tous les aéroports ouverts au trafic commercial. La réglementation relève de la DGAC, la Direction générale de l’aviation civile, et de l’OACI au niveau international.
Le délai d’intervention commande le reste de l’organisation: 3 minutes maximum pour atteindre le point le plus éloigné de la piste, selon la réglementation européenne fondée sur une recommandation de l’OACI. Ce seuil s’explique, techniques consultées, par la résistance des réservoirs d’un avion de ligne à la combustion, estimée à 90 secondes. À Paris-Orly, le Groupe ADP fait état d’un objectif interne de 2 minutes en tous points de piste.
La couverture est assurée 24 heures sur 24 et 365 jours par an. Les équipes se relaient donc en horaires décalés, sans journée type: aléas opérationnels, exercices et visites font que deux gardes ne se ressemblent jamais. Être pompier aéroportuaire, c’est « lutter contre les incendies tout en œuvrant pour le sauvetage des personnes », résume Freddy Berneron, responsable du SSLIA de Paris-Orly.
SSLIA, SDIS et BSPP: trois cadres d’emploi distincts
L’erreur classique consiste à assimiler ce poste à celui de pompier urbain. Les missions se recoupent, mais les risques, les protocoles et les matériels sont propres aux aéronefs: carburants aviation, normes de l’OACI, engins ARFF (Aircraft Rescue and Fire Fighting) spécifiques.
| Critère | SSLIA | SPP/BSPP |
|---|---|---|
| Employeur | Gestionnaire d’aéroport (privé ou public) | SDIS ou État (militaire) |
| Statut | Salarié du privé ou contractuel | Fonctionnaire ou militaire |
| Zone d’intervention | Plateforme aéroportuaire uniquement | Territoire du SDIS/Paris |
| Spécialisation | Incendies d’aéronefs, kérosène | Polyvalent (urbain, routier, NRBC…) |
Cette hyper-spécialisation repose, professionnelles consultées, sur une formation initiale et permanente très rigoureuse et sur un fonctionnement directement relié à la tour de contrôle.
Un troisième terme brouille souvent la lecture. Le pompier aéronautique militaire, formé au sein de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre, protège une base, intervient en cas de crash d’hélicoptère et forme les personnels aux règles de sécurité. Il relève du ministère des armées et suit une filière propre, quand l’agent SSLIA dépend d’un gestionnaire d’aéroport.
Le quotidien: incendie, prévention, piste
Les compétences techniques portent d’abord sur l’extinction des carburants aviation: mousse, poudres, agents propres. Les véhicules ARFF, ou crash tenders, embarquent canons et systèmes à mousse AFFF, avec le matériel de désincarcération et les appareils à air respirable.
Entre deux alertes, l’activité tourne autour des rondes de prévention, de l’entretien du matériel et des vérifications réglementaires du service. Le péril animalier occupe une place à part: effarouchement des volatiles avec des dispositifs mobiles ou fixes, capture ou prélèvement des animaux, contrôle des clôtures, comptages aviaires sur la plateforme.
S’y ajoutent les missions de piste: visites d’ouverture et de fermeture, contrôle de l’état des surfaces et signalement des anomalies (GRF), mesures de visibilité et de glissance, gestion des autorisations d’accès pour les personnes et les véhicules, rédaction des comptes rendus d’intervention et d’inspection.
Sur les aéroports régionaux, le périmètre s’élargit encore: avitaillement en carburant des aéronefs et gestion quotidienne du dépôt, participation à la gestion du péril animalier, parfois assistance en escale avec guidage au sol, pose de cales, chargement des bagages et dégivrage.

Les conditions d’accès au métier
Le niveau CAP ou BEP ouvre l’inscription au concours, mais il ne suffit pas: une expérience de pompier est exigée. Le Parisien retient trois années comme pompier professionnel ou cinq années comme sapeur-pompier volontaire. Les synthèses professionnelles précisent le partage: 3 ans minimum pour un sapeur-pompier professionnel, un militaire ou un pompier aéronautique, 5 ans minimum pour un sapeur-pompier volontaire ou un pompier privé.
Trois conditions reviennent ensuite dans les offres: le permis poids lourd de catégorie C, l’aptitude médicale aéronautique et un casier judiciaire vierge, exigé pour accéder à la zone réservée de la zone aéroportuaire. Le secourisme s’y ajoute selon l’employeur. À l’aéroport de La Réunion Roland Garros, l’offre de pompier en CDI demande le PSE1 et le PSE2, le certificat médical d’aptitude physique des sapeurs-pompiers professionnels et le SSIAP 1.
Sans expérience préalable, le parcours passe d’abord par le concours de sapeur-pompier professionnel. Selon Le Parisien, il s’adresse aux 18 à 25 ans, avec le niveau CAP ou brevet, la journée d’appel validée, un casier vierge, une aptitude physique et une taille d’au moins 1,60 mètre. Les épreuves associent dictée, mathématiques, natation, endurance, souplesse et entretien devant un jury. L’engagement comme sapeur-pompier volontaire est possible dès 11 ans en cas de vocation précoce.

Le concours et la formation FIPA
Les épreuves, à l’exemple du Groupe ADP
Le Groupe ADP organise des concours pour constituer un vivier de candidats recrutés au fil des besoins. La sélection comporte cinq étapes: épreuve écrite de culture générale et de logique, épreuve sportive, entretien avec les responsables des trois services parisiens, avis d’un représentant de la direction des ressources humaines, vérification de l’aptitude médicale.
Chez ce même employeur, la carrière démarre en service H8 sur les aérodromes d’aviation générale de Pontoise (95) ou de Toussus-le-Noble (78). Les pompiers rejoignent ensuite Paris-Le Bourget, Paris-Orly ou Paris-Charles de Gaulle en horaire H24, donc en horaires décalés.
La formation initiale et le recyclage
La FIPA, Formation Initiale de Pompier d’Aérodrome, est obligatoire pour exercer en SSLIA. Elle couvre la connaissance des aéronefs, de leurs structures, carburants et systèmes, les techniques d’extinction à la mousse et à la poudre, l’utilisation des véhicules d’intervention et les procédures de sauvetage et d’évacuation.
Les organismes agréés sont peu nombreux. Le C2FPA, né en 2007 de l’investissement de 35 aéroports français et de l’Union des Aéroports Français, est certifié par l’OACI dans le cadre du programme Trainair Plus depuis le 24 novembre 2011. EFORSA propose également la FIPA, centrée sur l’organisation du service et les techniques d’intervention sur aéronef. L’ENAC figure aussi parmi les centres cités.
Selon Le Parisien, le stage qui suit la réussite au concours dure environ 2 semaines dans un centre spécialisé. Une autre voie passe par une formation SSLIA de 6 mois en centre agréé par l’aviation civile. Le maintien des compétences est ensuite continu: les données disponibles pour Paris-Charles de Gaulle font état de 97 formations par an et d’un recyclage obligatoire tous les 3 ans, quand l’équipe de Beauvais suivrait 50 modules annuels.
Chef de manœuvre et responsable SSLIA
Deux cursus prolongent la FIPA. La FICM, formation initiale de chef de manœuvre, apporte les connaissances réglementaires et technico-opérationnelles du poste, management d’une garde SSLIA compris. La formation RESP SSLIA couvre ensuite les responsabilités organisationnelles, humaines et opérationnelles du responsable de service.
Selon France Compétences, la certification de chef de manœuvre pompier d’aérodrome (RNCP39527) est enregistrée au niveau 5 de qualification, active depuis le 16 juillet 2024 et jusqu’au 15 juillet 2029. En 2023, 100 personnes l’ont obtenue, toutes par validation des acquis, avec un taux d’insertion à 6 mois de 100 %. L’entrée en formation reste réservée aux militaires et aux civils du ministère des armées. Côté civil, elle ouvre sur des postes de chef de manœuvre pompier sur un aéroport, de formateur en sécurité incendie ou de consultant QHSE.

Qui recrute et comment postuler
Premier employeur du secteur, le Groupe ADP couvre Paris-Charles de Gaulle, Paris-Orly et Paris-Le Bourget. Les concessions privées gèrent leurs propres équipes: Vinci Airports à Lyon, Nantes ou Toulon, Egis, et Edeis qui exploite, selon l’Union des Aéroports Français, 20 aéroports, 5 ports et 2 équipements ferroviaires avec 1 000 collaborateurs. GIP Aviation, spécialisé dans les missions de SSLIA et de SPRA, recrute pour des sites comme Poitiers-Biard ou la DGA Essais en vol à Istres. Les aéroports régionaux de Toulouse, Bordeaux, Marseille ou Nice complètent le paysage.
Les offres se concentrent sur le site de l’Union des Aéroports Français et sur les pages carrières des plateformes. L’aéroport Pau Pyrénées recrute par exemple en CDI à temps complet, permis B et C exigés, sous convention collective CCNTA; le dossier attendu comprend un CV, une lettre de motivation et l’extrait numéro 3 du casier judiciaire, suivis d’un entretien téléphonique puis d’une réception individuelle. Pour le concours du Groupe ADP, les dossiers incomplets ou reçus hors délais ne sont pas traités.
Salaires et rémunération
D’après les grilles relayées par les sources spécialisées, le pompier débutant se situe autour de 2 000 € brut par mois, le confirmé entre 2 500 et 3 500 €, le chef d’équipe ou responsable entre 3 500 et 4 500 €. Sur la convention Prévention Sécurité, le coefficient 160 correspond à un brut de base de 2 028,56 € depuis janvier 2024, dans une offre GIP Aviation diffusée par l’Union des Aéroports Français.
En annuel, l’aéroport de Montpellier affiche 26 900 € brut pour un poste de pompier d’aéroport, en vacations de 24 h ou 18 h annualisées. Toutes anciennetés confondues, la rémunération moyenne du secteur est estimée à 33 940 € brut par an: ce chiffre agrège des profils expérimentés et ne correspond pas à une entrée de carrière.
| Type d’avantage | Détail |
|---|---|
| Rémunération annuelle | 26 900 € brut |
| Temps de travail | Vacations de 24h ou 18h (annualisé) |
| Congés payés | 27 jours annuels |
| Mutuelle | Prise en charge à 100% pour salarié et famille |
| Prime panier | 7,50 € |
| Prime habillage | 0,131 € par heure travaillée |
| Prime d’intéressement | Versée au printemps, éligible PEE/PERECO |
| Prime transport/mobilité | 250 €/an |
| Avantages CSE | Chèques cadeaux, participation loisirs, etc. |
Les primes comptent dans la fiche de paie, surtout en rotation 3×8 ou 2×12: ces horaires décalés s’accompagnent de travail de nuit et de week-ends.
| Type de prime/indemnité | Description |
|---|---|
| Majorations conventionnelles | Travail de nuit et dimanche (+10%), le cas échéant |
| Prime d’ancienneté | Versement conventionnel selon barème de branche |
| Prime d’habillage/déshabillage | Versement conventionnel |
| Prime de disponibilité | Pour prise de service en urgence (remplacement ou renfort) |
| Indemnité panier | Par jour de travail |
| Indemnité d’entretien de tenue | Versement mensuel |
Qualités attendues et évolution de carrière
Le courage et le sang-froid arrivent en tête, avec la rapidité, le respect des règles, la compréhension des ordres et une excellente condition physique. L’anglais compte tout autant dans un environnement international, au même titre que l’intérêt pour l’aviation et le travail en équipe, indispensable pour se coordonner avec les autres services d’urgence. S’y ajoutent le calme sous pression, la décision rapide et une capacité pédagogique pour former et encadrer.
Côté progression, les postes accessibles vont du chef d’agrès au responsable de la sécurité aéroportuaire, en passant par coordinateur des opérations de sauvetage ou instructeur SSLIA. Rejoindre un aéroport de plus grande envergure fait partie des trajectoires ouvertes, avec à terme la fonction de capitaine. Des reconversions existent aussi vers la protection civile ou le conseil en sécurité industrielle. Le métier bouge par ailleurs vite: le Groupe ADP souligne l’effet des biocarburants, de l’hydrogène et de la robotique sur les pratiques d’intervention.
Par où commencer
Commencez par mesurer votre ancienneté réelle de pompier, puisque le seuil change selon le statut d’origine, 3 ou 5 ans. Le permis poids lourd vient ensuite, car il figure dans les offres consultées. Réunissez enfin l’extrait numéro 3 du casier judiciaire et le certificat médical d’aptitude, ajoutez le PSE1, le PSE2 ou le SSIAP 1 quand l’offre les demande, puis surveillez les publications de l’Union des Aéroports Français et les concours du Groupe ADP.
Foire aux questions
Comment devenir pompier à l’aéroport?
Une expérience de sapeur-pompier est exigée en préalable: 3 ans minimum pour un SPP, un militaire ou un pompier aéronautique, 5 ans pour un SPV ou un pompier privé. Vient ensuite un concours associant épreuve écrite, épreuve sportive et entretien, puis la formation FIPA dans un centre agréé comme le C2FPA ou l’ENAC.
Comment appelle-t-on les pompiers d’aéroport?
On parle d’agents ou de pompiers du SSLIA, pour Service de Sauvetage et de Lutte contre l’Incendie des Aéronefs. Cette dénomination réglementaire les distingue des sapeurs-pompiers des SDIS.
Quel est le salaire d’un pompier aéroportuaire?
Un débutant se situe autour de 2 000 € brut par mois, un confirmé entre 2 500 et 3 500 €, un chef d’équipe ou responsable entre 3 500 et 4 500 €. En annuel, l’aéroport de Montpellier affiche 26 900 € brut pour un poste de pompier d’aéroport.
Quel est le statut des pompiers d’aéroport?
Ce sont des salariés du privé ou des contractuels, employés par le gestionnaire de l’aéroport. Ils ne dépendent ni d’un SDIS ni de l’État, contrairement aux sapeurs-pompiers professionnels et aux militaires de la BSPP.
Comment devenir pompier de l’air?
La voie militaire, via l’Aviation Légère de l’Armée de Terre, passe par une formation générale initiale de 12 semaines, puis une spécialisation en régiment d’hélicoptères de combat. Le recruté est engagé comme première classe au bout de six mois. Cette filière relève du ministère des armées et reste distincte du métier civil.
Comment postuler pour travailler dans un aéroport comme pompier?
Les offres sont diffusées sur le site de l’Union des Aéroports Français et sur les pages carrières des aéroports, dont celles du Groupe ADP. Prévoyez un CV, une lettre de motivation et un extrait de casier judiciaire vierge, suivis d’un entretien puis d’une visite médicale d’aptitude.
Combien de temps dure la formation SSLIA?
Après le concours, le stage dure environ 2 semaines dans un centre spécialisé comme le C2FPA, dans le cadre de la FIPA. D’autres sources décrivent, par une voie distincte, une formation SSLIA de 6 mois en centre agréé par l’aviation civile.
Comment devenir agent SSLIA?
Le parcours suppose une expérience de sapeur-pompier professionnel, volontaire, militaire ou aéronautique selon la durée requise, le permis poids lourd, une aptitude médicale aéronautique validée et un casier vierge, avant la formation FIPA en centre agréé.
Quel est le salaire d’un responsable SSLIA?
Un chef d’équipe ou responsable se situe entre 3 500 et 4 500 € brut par mois selon les grilles observées, avec des évolutions liées à l’ancienneté et aux responsabilités opérationnelles.
Quel est le salaire d’un pompier ADP?
Le Groupe ADP applique des grilles comparables au reste du secteur SSLIA. La carrière débute en horaire H8 sur les aérodromes de Pontoise ou Toussus-le-Noble, avant une progression vers les grands aéroports parisiens en horaire H24, avec l’évolution salariale correspondante.
